Nicolas SANSU
Député du Cher

Vous êtes iciConsulter par thème»En circonscription»Mon discours des voeux à la population (jeudi 8/01/15)

Mon discours des voeux à la population (jeudi 8/01/15)

DISCOURS DES VOEUX

Mesdames et messieurs, Chers ami(e)s,

Non ! ce ne sont pas des vœux comme tous les ans que je veux vous délivrer ce soir au nom de l’équipe municipale, au nom de l’équipe parlementaire, et en mon nom personnel. Ce ne peut pas, et ce ne doit pas être comme d’habitude. Ça ne peut pas et ça ne le doit pas, car notre pays, notre République, nos valeurs sont durement mis à l’épreuve.

Bien sûr, comme je vous l’ai dit à l’entrée, et en toute sincérité, je vous souhaite, nous vous souhaitons tous nos vœux de réussite, de bonheur et de santé à vous et à vos familles. Mais avec la barbarie qui vient de frapper Charlie Hebdo hier, c’est la République, ses valeurs, son histoire, sa lumière, sa laïcité qui viennent d’être frappées au cœur. Aussi je vous demande de vous lever et d’observer une minute de silence à la mémoire des victimes de cet odieux attentat.

(Minute de silence) Merci

Ces vœux, nos vœux, nous avons décidé de les maintenir car ils sont avant tout un grand moment de rassemblement et d’échange entre toutes celles et de tous ceux qui, comme élus, citoyens, responsables d’associations, de syndicats ou d’entreprises, font vivre au quotidien l’esprit de la République.

Mes vœux, nos vœux vont d’abord et avant tout à notre République pour qu’elle recouvre pleinement sa santé. Cela dépend de chacun d’entre nous, de notre engagement à la fois dans le respect de l’autre, dans le respect de la démocratie.

Nous refusons et refuserons de confondre ces barbares avec quelque religion que ce soit et nous amplifierons nos combats contre les racismes, contre l’antisémitisme, contre l’obscurantisme et contre les fascistes de tout poil ! Comme le disait Robert BADINTER, ancien Garde des Sceaux de François MITTERAND, grand défenseur de l’abolition de la peine de mort, « ne tombons pas dans le piège qui nous est tendu, celui de la division, celui de la suspicion généralisée, celui de la haine et des communautarismes. »

Oui, mes chers amis Vierzonnais et Berrichons, c’est de rassemblement, de débat démocratique, de respect de l’autre dont nous avons besoin. Il me revient une phrase remarquable du romancier haïtien Jacques ROUMAIN, un homme engagé et respectueux qui a conduit son peuple à s’unir contre la misère, il disait, je cite un passage de son merveilleux roman Gouverneurs de la Rosée :

« La haine, ça donne à l’âme une haleine empoisonnée, c’est comme un marigot de boue verte, de bile cuite, d’humeurs rances et macérées ».

Oui, la haine est la négation de l’esprit, la haine vise à faire reculer la démocratie. Ce qui vient de se passer hier avec 12 morts, des journalistes, des dessinateurs, des employés, des fonctionnaires de police, nous invite à dire STOP. STOP à la mise en cause de la liberté d’expression qui a été visée. STOP à celles et ceux qui depuis des mois, des années jouent avec les peurs, nourrissent les divisions, les racismes et les extrémismes de droite qui prospèrent sur des amalgames scandaleux.

Dans ces heures tragiques où les tensions ne cessent de s’exacerber, la République, une et indivisible, la République laïque, la République sociale, celle dont rêvait Jaurès, doit s’affirmer, pour faire face à la barbarie, à la division, faire face à celles et ceux qui ont tout intérêt à la division pour égarer le peuple.

A la fin du 19ème siècle, Emile Zola dans un article intitulé « Pour les juifs », publié en pleine affaire DREYFUS écrivait je le cite : « A force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel ». Oui, à jouer avec les haines, nous produisons des monstres. Alors pour 2015, ce ne sont pas seulement des vœux que nous formons, mais un engagement sans faille de tous vos élus ici présents à défendre nos valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité que nous vous assurons.

La levée en masse de nos concitoyens dès hier soir et durant les jours à venir, sonne comme un espoir qu’il faut ancrer dans notre peuple. Nos vœux pour la République, ce sont d’abord des vœux d’Égalité car l’Égalité est la première condition à la Liberté et à la Fraternité. Comment la Liberté pourrait-elle vraiment s’épanouir dans une société de plus en plus injuste et inégalitaire qui lamine les conditions de vie et les espérances du plus grand nombre ?

Il ne saurait y avoir de vraie Fraternité dans une société ou les inégalités se creusent en son sein au point de constituer aujourd’hui un véritable fossé.

N’est-ce pas de ce manque, de ce recul du principe Républicain d’Égalité que naît un irrépressible sentiment d’injustice et de relégation, que naissent toutes les peurs, tous les replis communautaristes, tous les ressentiments, toutes les haines qui dressent les gens les uns contre les autres ? C’est pourquoi j’oppose cette belle notion de Fraternité et de solidarité à celle d’assistanat qu’emploient les émules de l’extrême droite. La République se doit de venir en aide à tous ceux qui sont dans le besoin. C’est la raison pour laquelle nous devons être solidaire de nos anciens, des plus fragiles et des personnes handicapées. Dans les moments difficiles, il faut savoir se serrer les coudes et savoir être solidaire.

Dans le texte de ma carte de vœux, je mets en cause les notions de compétitivité, de guerre, de concurrence qui, décennie après décennie, ont supplanté ce qui doit être, à mon sens, les seules valeurs à poursuivre, celles de la Solidarité, de la Fraternité, de la Paix. Notre monde marche sur la tête. Il n’a jamais été aussi riche mais, il n’a jamais généré autant d’inégalités.

Notre monde marche sur la tête. Des intérêts économiques de grandes multinationales contribuent au pillage des ressources, engendrant de terribles conflits.

Alors au-delà de l’exigence de rassemblement, de l’indispensable unité pour défendre la République, ne négligeons jamais le débat démocratique, celui qui permet de proposer un autre chemin, un chemin de partage et de respect de l’autre. Comment peut-on accepter que dans notre monde 85 personnes détiennent autant que 3,5 milliards d’êtres humains ? Comment peut-on accepter que les 0,1 % les plus riches aient vu leurs revenus et leurs richesses quadrupler en 30 ans ? Ce n’est pas votre cas loin de là !

Si le système capitaliste financier qui conduit à une telle concentration des richesses, et donc à l’accroissement des inégalités, n’est pas remis en cause, ce sont les fondamentaux de notre République qui vacillent. Et aujourd’hui, avec l’accroissement du chômage, de la précarité, de la crainte du lendemain, nous savons tous que ce sont des droits fondamentaux, le droit au travail, le droit à une existence digne, le droit à un logement, le droit de donner une bonne éducation à ses enfants qui sont attaqués. Il faut faire confiance au peuple, lui redonner du pouvoir d’achat, remettre au premier plan la formation, l’éducation, la culture pour conjurer et contrecarrer cette pensée unique, qui a pour vision de la société une vision d’expert-comptables !

Je n’accepte pas, et c’est mon combat de tous les jours à l’Assemblée Nationale, que des centaines, des milliers d’ouvriers, de salariés, de retraités fassent les frais d’un système qui privilégie la rémunération de la rente financière et des banquiers. Je n’accepte pas, et c’est mon combat de tous les jours, que les PME, les artisans et commerçants subissent les difficultés économiques liées, pour grande partie, à ces entreprises transnationales qui par l’évasion et la fraude fiscale font perdre chaque année 60 à 80 milliards d’Euros à notre pays. Soit cent fois plus que la fameuse fraude dite sociale estimée par les pouvoirs publics !

Un tel système est devenu insupportable. Il appelle à une profonde réforme, une réforme d’ensemble de la fiscalité des ménages comme des entreprises, une réforme juste qui rééquilibre la fiscalité qui pèse sur le monde du travail en privilégiant celui de la finance.

Prenons l’exemple d’APIA, cette société Vierzonnaise, aujourd’hui sur la sellette, société qui possède à la fois une expérience et un savoir-faire exceptionnels. Il ne m’appartient pas ici de discuter des raisons de ses difficultés, mais sachez qu’invoquer la seule conjoncture ne serait pas exact, quand plusieurs millions d’Euros ont été engloutis par les actionnaires en moins de 15 ans, par le biais des mécanismes de type LBO, plusieurs millions d’Euros qui vont bien au-delà d’une rémunération raisonnable.

Alors oui, nous faisons tout et nous ferons tout pour soutenir les salariés et les véritables capitaines d’industrie qui croient dans la production industrielle, qui croient dans un développement équilibré, respectueux des femmes et des hommes, un développement économe des ressources naturelles et en énergie. C’est ce que nous faisons pour APIA comme pour toutes les PME, les commerçants, artisans avec qui nous œuvrons. Et nous le ferons d’autant plus que nous dénoncerons tous ces vautours de la finance, qui avec la complicité du monde bancaire actuel, avec des règles d’une commission européenne qui préservent une caste, mettent à genoux celles et ceux qui ont d’abord l’emploi, la formation, le pouvoir d’achat au coeur. C’est une bataille de tous les instants, c’est une bataille que je mène au Parlement à la fois avec ouverture et conviction, car je crois à la nécessité du changement dans ce domaine économique pour que notre pacte économique et social ne mette plus en péril notre pacte républicain !

Nos vœux, ce sont également des vœux de bonne santé à la République dans notre beau département du Cher.

2015 sera une année où des changements considérables vont toucher l’organisation territoriale de notre République. La création de métropoles, la création de 13 grandes régions, la modification et des missions et des périmètres de nos cantons vont bouleverser les conditions de l’action publique sur notre territoire. Ainsi, les charges importantes qui pèsent sur les allocations de solidarité viennent se percuter avec une diminution des dotations de l’État qui ne manquent pas de nous inquiéter, élus régionaux, élus départementaux, comme élus communaux.

Dans toutes les communes, il y a aujourd’hui un émoi, parfois de la colère face à une décision dont l’Association des Maires de France dans la pluralité de ses membres, qu’ils soient de droite ou de gauche, a souligné la brutalité et l’ampleur. Diminuer des dotations aux collectivités territoriales, c’est à coup sûr des conséquences sur le service public local, sur les aides au monde associatif, sur les investissements publics. Or, nous connaissons déjà les fragilités d’un certain nombre d’entreprises locales, notamment du secteur des bâtiments et travaux publics, et nous connaissons les besoins de travaux, de rénovation de nos équipements publics – ne serait-ce que pour améliorer les performances énergétiques de nos bâtiments . - C’est une ineptie que de rogner sur nos capacités et c’est une ineptie que de traiter quasiment toutes les collectivités à la même enseigne... puisque comme je l’écrivais dans une lettre aux Vierzonnais en décembre, Neuilly sur Seine touche plus de dotation globale de fonctionnement que Vierzon. Dès lors, la mobilisation à laquelle la municipalité vous a appelée et qui fera l’objet d’une remise officielle à Madame la Préfète et Monsieur le Premier Ministre vise tout autant à amortir le choc de cette année par une dotation exceptionnelle, qu’à alerter pour les deux années qui viennent 2016 et 2017 car il est impérieux que des territoires fragiles comme les nôtres soient plus soutenus grâce à de nouvelles règles de péréquation et une véritable réforme de la fiscalité locale.

Vous savez le principe de la République vis-à-vis de ses enfants comme de ses territoires, ce devrait être, car cela a été largement affadi, une inégalité de traitement pour une véritable égalité de droits. C’est d’autant plus indispensable à la lecture des chiffres de l’INSEE sur la démographie de notre département. Si le Cher a perdu dans sa globalité plus de 3000 habitants en 6 ans, avec des difficultés pour les zones urbaines, nous ne manquons pourtant pas d’atouts, à condition de les faire grandir ensemble. Pour 2015, pour le département, pour Vierzon, pour la communauté de communes, nous formons donc des vœux de rassemblement et d’action. C’est ensemble, avec Bourges, avec Châteauroux, avec les communes du bassin de vie Vierzonnais que nous devons porter les projets qui nous feront tous grandir. Je pense d’abord aux projets d’amélioration et de développement de nos infrastructure. Si la Ligne à Grande Vitesse POCL doit être une perspective à moyen terme, c’est tout de suite que nous devons obtenir des améliorations de la ligne classique Paris/Orléans/Vierzon/Limoges/Toulouse, à la fois pour les voyageurs et pour le fret. Plusieurs commissions parlementaires plaident pour l’amélioration des voies existantes et la mise en place de nouveaux matériels. J’aurai l’occasion au mois de février de conduire une délégation de parlementaires pour que cette exigence portée par les députés et sénateurs tout le long de la ligne soit enfin prise en compte par le gouvernement et les établissements SNCF et RFF. Je suis persuadé qu’en 2015, autour du transport ferroviaire, nous pourrons valoriser notre spécificité de nœud ferroviaire par l’implantation d’un logisticien ferroviaire, le premier à Vierzon ce qui est une question de semaines.

Je pense ensuite au nécessaire développement de l’Enseignement Supérieur et à la vocation de nos lycée Henri Brisson, Édouard Vaillant et de notre Institut de Formation de soins Infirmiers. Nous devons ensemble conforter Bourges, Vierzon et Châteauroux, nous appuyer sur les capacités de recherche existant dans nos trois villes, avec pour ce qui concerne Vierzon, le pôle de recherche autour du handicap, de l’autonomie, des nouveaux matériaux qui ont pris place au Nord de Vierzon au Parc Technologique de Sologne.

D’autres projets aussi essentiels que le renouvellement complet du Centre-Ville pour lequel l’État la Région, le Conseil Général apportent un soutien sans faille, et je les en remercie, vont trouver une bouffée d’air dans les prochains mois. Ce sera le projet phare du mandat qui s’ouvre, avec des réunions d’information spécifiques, qui porteront sur la ville de demain, son habitat, l’environnement, les transports. C’est d’autant plus important que la requalification urbaine que nous allons porter sur le Centre-Ville sera complétée par l’arrivée d’investisseurs privés, condition de notre réussite. Vous me permettrez de souligner à ce titre l’effort particulier de la société Orange qui courant 2015 commencera le déploiement de la fibre optique dans tous les foyers Vierzonnais.

Vous voyez, dans un moment terrible où nos valeurs de Liberté, de fraternité peuvent vaciller, dans un moment où il faut combattre de toutes nos forces les tentations et les tentatives de division, je ne souhaite pas développer les projets dans le cadre d’un inventaire à la Prévert mais uniquement vous citer ce que nous avons réalisé ce qui sera réalisé : la requalification des Quartiers Nord, la nouvelle usine d’eau potable, la réhabilitation et l’agrandissement de la Maison de retraite Ambroise Croizat, la réalisation du futur Centre de Santé sur le site Port Arthur ou le nouvel auditorium du conservatoire de musique qui ouvrira ses portes ces prochaines semaines.

Je tiens seulement à vous faire part de notre engagement sur deux sujets majeurs car, à mon sens, ils sont constitutifs de notre capacité à vivre ensemble.

Le premier c’est le droit à la Santé, qui est un droit fondamental, où il est intolérable que le manque d’argent conduise au renoncement des soins. Aussi, je ne peux que me réjouir qu’après quelques entrevues, Mme la Ministre de la Santé accorde au Centre Hospitalier de Vierzon un soutien de 1 million d’euros, complétée par une enveloppe de 700 000 euros de l’Agence Régionale de Santé. Cela ne règle pas tout car, nous le savons, le service public de santé souffre de critères de rentabilité complètement absurdes qui mettent en difficultés les personnels soignants et non soignants, mais cette enveloppe nous permet de concrétiser la venue de l’IRM.

En février, ici même dans cette salle, je vous inviterai avec le Directeur de l’Hôpital pour discuter des besoins et des moyens de santé qui existent et qui faut obtenir sur le territoire de VIERZON.

Le droit à la santé, c’est un principe essentiel de la République Solidaire que nous appelons de nos vœux, celle qui porte haut le service public, le patrimoine de ceux qui n’ont rien.

Le deuxième sujet, c’est l’engagement pour la culture, le savoir, la citoyenneté. Cette République Solidaire, cette République laïque, cette République Fraternelle, elle ne saurait s’imposer sans un développement assumé de la culture, de toutes les cultures, de toutes les pratiques, elle ne saurait vivre sans l’engagement citoyen de ces centaines, de ces milliers de bénévoles, qui dans leur club sportif, qui dans leur association culturelle ou de solidarité, font vivre leur passion sans discriminer quiconque.

Notre ville Vierzon a montré, au cours de son histoire, sa capacité à accueillir tous les enfants de la République. Notre ville VIERZON est fière de ses traditions de Solidarité, dans le monde du travail, comme dans la vie citoyenne, notre ville c’est l’ouverture au monde, à nos amis européens comme à nos amis africains.

Il n’est pas acceptable que ces traditions puissent être mises en doute et mises en cause. Nous ne l’accepterons pas ! Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer à la fois la sécurité des citoyens et la tranquillité publique comme le droit pour tous de vivre ici. Sachons nous rassembler sur cette volonté partagée.

Chers Amis, ce soir, plus que jamais, les vœux de la municipalité, mes vœux en tant que député-maire, ce sont des vœux d’espérance et de défense de nos valeurs de Liberté, d’Égalité, de Fraternité et de Laïcité.

Je voudrais conclure par des propos qu’avaient tenus CHARB, le directeur de Charlie Hebdo, assassiné hier. En 2012, alors même qu’il était déjà menacé, il disait je le cite :

« Je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas pas de gosse, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. Ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genou. »

Oui CHARB, il faut rester debout. Oui CHARB, nous allons vivre debout !

Mesdames, messieurs, tous debout dans cette salle. Debout pour faire vivre nos valeurs, Debout pour faire respecter les femmes et les hommes du monde, de notre pays, de notre ville. Vive la République, la République debout ! Meilleurs vœux 2015.

 

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.